Nantes solidaires : 2 jours de débats intenses au Solilab

user.username Nantes Métropole, le 15 juin 2022

287846994_326799469637713_5319896179876973236_n.jpg

Nantes Solidaires a accueilli 700 participants les 10 et 11 juin 2022. Durant ces deux jours, les acteurs des solidarités nantaises ont débattu au Solilab d’isolement social, de précarité, de place des femmes dans l’action solidaire… De multiples initiatives solidaires ont aussi été mises en lumière. Retour sur quelques temps forts.

« Avoir de belles dents, dans la rue, c’est important ! » C’est avec les histoires de Zonzon, la Fiole et une galerie cocasse de « réinséreurs » qu’Elina Dumont, ancienne SDF, a ouvert la manifestation Nantes Solidaires. « A quoi se raccroche-t-on quand on est dans la rue ? A la vie ! », témoigne l’artiste qui a livré son regard humoristique et rugueux sur ces années passées à la rue.

« C’est par l’alliance que nous pouvons relever ensemble le défi des solidarités »

90 cahiers d’acteurs, 350 organisations impliquées, 50 temps forts, plusieurs ateliers citoyens (Atelier citoyen « Engagement », Reporters solidaires, Citoyens veilleurs, Atelier Budget de référence)… Johanna Rolland, maire de Nantes, a souligné au lancement de ces deux jours combien les Assises des nouvelles solidarités, décidées à l’issue de la crise sanitaire Covid et de la convention citoyenne, ont été fructueuses. « Nous avons la chance d’être une grande terre de solidarité. Ici, on agit pour celles et ceux qui sont parfois rendus invisibles ailleurs. Et se battre pour les solidarités, c’est essentiel à notre pacte républicain : c’est utile à tous, pas seulement aux personnes aidées. Mais personne n’a tout seul la réponse au grand défi des solidarités. C’est tous ensemble, par l’alliance des collectivités locales, de l’État, des associations, que nous pourrons le relever. »

« Soutenir les coopérations pour créer des écosystèmes d’engagement »

10 tables rondes et conversations étaient proposées le samedi 11 juin. Accès aux droits, pouvoir d’agir sur l’alimentation, nouvelles solidarités dans les quartiers populaires, culture et solidarité… A celle consacrée à l’isolement, l’initiateur de MONALISA Jean-François Serres a souligné l’importance d’adopter une vision écologique du social. « L’isolement social naît d’un manque de relations en quantité et en qualité. Il faut donc à la fois remettre les personnes dans un écosystème de relations et cultiver les dynamiques de convivialité à l’échelle de leur territoire de vie. Soutenir les coopérations sur un territoire, créer des communs, permet de générer des écosystèmes d’engagement, capables d’accueillir ensuite la contribution des citoyens. » Le témoignage d’une personne aidée par l’association Manou Partages a montré combien l’isolement crée une forte souffrance mais peut aussi prendre fin de manière simple.

« Les solidarités volontaires ne peuvent pas remplacer la solidarité nationale »

A Nantes Solidaires, on a aussi entendu les Patrons solidaires, mobilisés pour leurs apprentis, jeunes majeurs étrangers en formation qui risquent un renvoi dans leur pays d’origine. « Ces histoires se répètent partout en France, souligne Margot Wolf, représentante régionale du collectif. Au départ, ça part d’une indignation : pourquoi reconnaître l’identité d’un jeune puis la lui dénier ensuite alors qu’il est un partenaire précieux pour nous ? » « En ce qui me concerne, je parle plus de solidarité et de militantisme que d’entraide et de bénévolat, indique Brigitte Le Sourn d’Égide solidarité, qui accompagne les jeunes mineurs isolés. Par notre action, nous voulons faire changer les politiques publiques. » L’économiste nantais Lionel Prouteau confirme : « Il peut y avoir des causes solidaires contradictoires, c’est au cœur de notre démocratie. Mais attention : si ces solidarités volontaires du quotidien sont indispensables, elles ne peuvent en aucun cas constituer une alternative à la solidarité nationale, qui doit perdurer. »

Des initiatives inspirantes d’ici et d’ailleurs

Entraide vestimentaire de La Frat', aide alimentaire avec le Marché alternatif de Bellevue, danses « offertes » aux habitants confinés par la compagnie A.IM.E., les porteurs d’initiatives solidaires nantaises étaient nombreux à témoigner. Nantes Solidaires a aussi mis à l’honneur des projets venus d’ailleurs dans une séance de « pitchs inspirants » : la conciergerie solidaire de Lulu dans ma rue, la Fabrique de la solidarité où se côtoient SDF et parisiens, Paris en compagnie qui accompagne les aînés pour se déplacer, l’Archipel des Sans-Voix qui donne la parole aux grands précaires ou encore le PSSM pour former les citoyens aux premiers secours en santé mentale. L’Après M, lutte sociale pour transformer un ancien McDonald’s des quartiers nord de Marseille en fast-food social, a particulièrement touché le public. « Dans notre territoire en souffrance, les habitants ont pris leur destin en main, ont souligné Kamel Guemari et Fathi Bouaroua. Au delà de la solidarité, il est important que les habitants prennent part à l’économie de leur quartier. Notre démarche reste subversive, utopique, dans une société profondément injuste. »

Et les femmes dans tout ça ?

La dernière table-ronde de la journée s’est demandée pourquoi « La solidarité est-elle toujours l’apanage des femmes ? » Avec un « coup de gueule » du sociologue Bernard Ennuyer : « Les femmes sont une courroie essentielle du développement des sociétés. Pourquoi elles sont autant maltraitées ? Cela reste un mystère. Pourtant, si on investissait massivement pour recruter, former et payer les aides à domicile, la société serait gagnante, même au plan économique ! » « Mais pour ça, il faut changer les mentalités et les représentations sexuées des métiers, » ajoute Christophe Verron, directeur de l’ARIFTS qui forme travailleurs sociaux et éducateurs spécialisés.

Les débats s’achèvent à peine que la chorale Au Clair de la rue entonne ses premières notes : « Emmenez-moi » de Charles Aznavour, « La maison bleue » de Maxime Le Forestier… la quinzaine de choristes déroule son répertoire, repris par les spectateurs sous le soleil de la fin de journée. Le bal de la compagnie Système B va bientôt ouvrir sa piste et refermer ces deux journées d’échange : un moment essentiel pour faire le point, partager et inventer les nouvelles solidarités nantaises.

La contribution aux Assises des nouvelles solidarités se poursuit jusqu’au 20 juin prochain. N’hésitez pas à poster vos dernières propositions