Nouvelles solidarités : ce que révèlent deux études nantaises

user.username Nantes Métropole, le 1 février 2022

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1 Nantais sur 6 vit sous le seuil de pauvreté, 1 sur 2 se dit plus attentif aux personnes autour de chez lui depuis la crise… Découvrez les principaux enseignements de deux études publiées par la Ville de Nantes dans le cadre des Assises des nouvelles solidarités qui se tiennent jusqu’en juin prochain.

Depuis plusieurs années, le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Nantes publie tous les 2 ans le Nantoscope. « Jusque là, cette analyse portait sur des thématiques : les enfants, l’égalité femmes-hommes…, précise Karen Burban Evain, directrice du CCAS. Avec la crise sanitaire, nous avons senti le besoin de remettre tout à plat : dresser un portrait sociologique, démographique et économique global, qui nous apporte de la matière à mettre au débat de ces Assises des nouvelles solidarités. » S’y ajoute une enquête d’opinion « Inégalités, solidarités et engagement ». Ces deux études éclairantes ont été présentées aux associations et collectifs lors des rencontres de la médiation le 26 janvier dernier.

L’impact de la crise sur la précarité et l’isolement

Le « Nantoscope », portrait social de Nantes, est réalisé en 2021 par le bureau d’études Compas. « Il combine des analyses statistiques et l’enquête directe auprès de 450 acteurs de terrain interrogés sur les effets de la crise », souligne Stéphanie Bigo, directrice d’études au Compas. Avec une double entrée : précarité et isolement.

Plus de personnes précaires et fragiles

17% des Nantais vivent avec moins de 1 063 € par mois et par personne, sous le seuil de pauvreté. Un nombre en hausse de 2% depuis 6 ans. S’y ajoutent 6% en situation de quasi pauvreté (vivant avec 200 € de plus par mois). La pauvreté concerne 1 famille monoparentale sur 3 et 1 jeune de moins de 30 ans sur 4. « Au delà des quartiers déjà repérés, la précarité touche de nouveaux secteurs : l’île de Nantes, le centre-ville », note Stéphanie Bigo. De nouveaux publics aussi (jeunes diplômés, commerçants…).

L’isolement se développe

86 100 nantaises et nantais vivent seuls (53% des ménages), 11 500 adultes vivent seuls avec leurs enfants (30% des familles). « Vivre seul n’est pas synonyme d’isolement, souligne Stéphanie Bigo, mais c’est un facteur de risque ». Les acteurs sociaux de terrain notent que l’isolement s’est aggravé avec la crise : il ne concerne pas que les personnes âgées, mais de plus en plus les jeunes, il se double souvent d’une précarité économique et s’explique par un éloignement familial ou l’absence d’aidants sur place.

« Nous proposons quelques pistes de réflexion et de travail, conclut Stéphanie Bigo. Mieux repérer les nouveaux publics précaires ou isolés, accompagner les plus fragiles dans l’accès aux droits et aussi cibler les familles monoparentales, les jeunes adultes ou les seniors les plus fragiles. »

En savoir plus : La synthèse du « Nantoscope »

Des Nantaises et Nantais prêts à s’engager près de chez eux

L’enquête « Inégalités, solidarités et engagement » a été menée par contact téléphonique auprès de 1100 nantais en novembre 2021 par le cabinet TMO. « Nous avions 3 grands objectifs, indique Vincent Guillaudeux, directeur de TMO : repérer la sensibilité aux inégalités des Nantais, leur rapport à la solidarité et leur volonté d’engagement ».

La crise a rendu les habitants plus attentifs autour d’eux

63% des Nantais se disent plus attentifs à leur sphère familiale et amicale, 48% plus attentifs aux personnes vivant autour de chez eux. La crise a aussi favorisé la générosité : 92% des Nantais ont fait des dons en argent ou en nature, 41% participé à une action solidaire. 18% disent avoir eu des gestes de solidarité qu’ils ne faisaient pas avant et 66% de ceux qui ont observé ces nouvelles solidarités considèrent qu’elles perdurent aujourd’hui.

Des Nantais préoccupés par les inégalités

44% des Nantais se disent très préoccupés par les inégalités. « Ils ont aussi une posture plus bienveillante que la moyenne des Français à l’égard des personnes précaires, », note Vincent Guillaudeux. Pour les personnes interrogées, la solidarité nécessite une mobilisation de tous : pouvoirs publics, citoyens et entreprises. Ils sont aussi 71% à souhaiter que la Ville favorise davantage les initiatives solidaires des habitants.

Une volonté de s’engager davantage pour la solidarité

58% des Nantais souhaitent s’engager davantage en faveur des personnes en difficulté et 81% d’entre eux privilégieraient un engagement ponctuel, plutôt à l’échelle de leur quartier. Il existe aussi des freins à l’engagement : la crainte qu’il ne prenne trop de place dans leur vie (37%), des difficultés à identifier à qui s’adresser (52%), des questions sur l’utilité réelle de cet engagement (31%).

« Cette enquête fait émerger deux pistes d’actions, ajoute Vincent Guillaudeux. Que les associations fassent mieux connaître leur action et les modalités pour y prendre part et l’intérêt à mobiliser surtout en proximité, pour resserrer les liens sociaux et faire perdurer les nouvelles initiatives solidaires ».

En savoir plus : La synthèse de l’enquête « Inégalités, solidarités et engagement »