L’éducation populaire, moteur de la transition écologique

Dialogue Citoyen, dans Energie, climat, le 30 janvier 2026

Le Forum métropolitain du climat a remis son avis sur l’éducation populaire à l’écologie, levier central selon l’instance de gouvernance ouverte pour embarquer toutes les forces du territoire dans la transition écologique.


Alors que l’urgence climatique est largement documentée, l’écologie peine encore à devenir une cause populaire. Trop technique, trop anxiogène, perçue comme punitive, elle reste souvent cantonnée à des cercles déjà sensibilisés. À Nantes Métropole, le Forum métropolitain pour le climat défend une autre approche, que ses membres (cf. encadré en fin d’article) ont présentée à la collectivité le mois dernier lors de leur plénière annuelle : faire de l’éducation populaire le moteur d’une transition écologique désirable, collective et ancrée dans le quotidien. Cette approche est en cohérence avec le Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) 2024–2030, qui intègre l’éducation populaire parmi ses actions, et dont le Forum assure le suivi de la mise en œuvre.

La définition de l’éducation populaire pour Le Forum : “L’éducation populaire est un courant d’idées et de pratiques qui vise à doter chacune et chacun de méthodes, savoirs, outils en remettant l’expérience d’usage au cœur des actions et décisions du quotidien. Fondée sur des valeurs d’émancipation, elle permet de transformer l’injonction individuelle en démarche collective enthousiasmante.”

Parler des bénéfices, pas seulement des efforts

Premier constat des membres : l’écologie ne souffre pas d’un manque d’informations, mais d’un déficit de sens partagé, énonce l’avis. Les discours restent majoritairement climato-centrés, fondés sur des chiffres et des injonctions individuelles, sans lien suffisant avec les réalités sociales. Or, les habitantes et les habitants sont avant tout préoccupés par des enjeux concrets : logement, santé, pouvoir d’achat, qualité de vie.

“Trop souvent, la transition est présentée sous l’angle de la perte : moins consommer, moins se déplacer, moins voyager, moins manger de viande. Or, sortir des énergies fossiles, rénover les logements, développer l’alimentation locale ou la mobilité douce, c’est non pas seulement gagner du pouvoir d’achat mais, aussi et surtout, regagner du “pouvoir de vivre” : autonomie, qualité de vie, marges de manœuvre budgétaires, santé physique et mentale,” appuie Muriel Oheix du groupe GRDF.

Pour le Forum, il est donc essentiel de ne plus dissocier “fin du monde” et “fin du mois”. En bref, de changer de récit en passant d’un discours de la contrainte subie à un récit des co-bénéfices partagés.
Pour diffuser ce nouveau récit positif de la transition, le Forum propose de s’appuyer sur les acteurs de l’éducation populaire (Accoord, Léo Lagrange, etc.) en mettant en place, par exemple, une formation certifiante de médiateur socio-écologique. Autre proposition : flécher ou créer un fonds participatif dédié aux projets socio-écologiques locaux (PSEL) associant citoyens, entreprises et collectivités.

Aller là où sont les gens

Deuxième limite exprimée : la plupart des dispositifs de sensibilisation touchent d’abord les publics déjà convaincus. Festivals climat, journées de la Terre… Ces évènements dédiés à la transition écologique restent essentiels, mais ils fonctionnent souvent en vase clos.
Pour toucher tous les publics et ancrer l’écologie dans la quotidienneté, le Forum souhaite inscrire la transition dans les imaginaires collectifs par la convivialité et la culture entendue au sens large et populaire. Parler d’écologie à travers un spectacle, une BD ou un match de football peut parfois être plus efficace qu’une conférence d’expert.
A ce titre, le Forum plaide pour que le récit écologique investisse les lieux de vie ordinaires (marchés, épiceries sociales, restaurants inter-entreprises…) et se diffuse à l’échelle des micro-quartiers au travers de la vie associative (fêtes de quartiers, de voisins, d’écoles, maisons de quartiers…).

“Il s’agirait d’ancrer la trajectoire climatique dans les micro-quartiers en s’appuyant sur des forums citoyens de proximité, pour construire collectivement et localement la vision d’un quartier bas carbone à l’horizon 2050”, explique Florian Roquinarc’h, représentant de l’association environnementale Ecopôle.

Elle propose également de “surfer sur les grandes manifestations locales” (festivals, événements sportifs comme le marathon de Nantes ou culturels comme le Voyage à Nantes, la Folle Journée, etc.) et de s’appuyer sur des figures culturelles de proximité (artistes…) et personnalités locales (chefs cuisiniers, chefs d’entreprise…). Enfin, l’instance aimerait partir des expériences et usages des habitants pour favoriser l’hybridation et les échanges de pratiques en croisant expertises techniques et savoirs citoyens.

Assumer la question des limites et des contraintes

Troisième constat des membres du Forum, plus délicat : la transition implique nécessairement des limites. Le Forum propose d’“appeler un chat un chat” : oui, il y aura des contraintes liées à la prise en compte des limites physiques et biologiques planétaires. Mais celles-ci doivent être débattues collectivement pour faire de la transition une aventure collective. Le Forum imagine ainsi un nouveau contrat social et écologique, reposant sur une liste de critères d’éco-conditionnalité pour les demandes de financement des acteurs économiques, scolaires, publics, etc., et un lien plus étroit avec les autres instances de gouvernance ouverte.

“Nous avons été amenés à gérer des contraintes et à changer de comportement comme le montre l’Histoire. C’est le cas du port obligatoire de la ceinture de sécurité dans les voitures. Le tabac est un autre exemple : ce qui était d’usage – fumer dans des lieux fermés – est devenu inconcevable. Intégrer la contrainte comme une limite saine et positive est donc possible”, argumente Blandine Jagoudel de l’association spécialiste des enjeux énergétiques Alisée.


b06b9795763f0f5dea703a9936438484e8b2dfc0.pngConsulter l’avis


Une diversité d’acteurs impliqués
Les participants impliqués dans ce groupe de travail sont des représentants d’associations, fédérations et organisations professionnelles, d’institutions, de grandes entreprises et de citoyens :

  • Julien Bouron et Blandine Jagoudel, Alisée ;
  • Sophie Chailloux et Anthony Yaba, Alternatiba Nantes ;
  • Céline Bracq, Audencia ;
  • Olivier Chabirand, Chambre d’agriculture ;
  • Jean-Louis Petermann, CLCV44 ;
  • Florian Roquinarc’h, Ecopôle ;
  • Fabien Letouzey et Pierre Boulic, Enedis ;
  • Samuel Rialland, Fibois ; Muriel Oheix, GRDF ;
  • Agathe Neyret et Benjamin Heinrich, Impact ;
  • Xavier Poillot, Jérémie Poupon et Olivier Huzard, Les Shifters ;
  • Sophie Bessière, Luc Stephan et François Gilet, Nantes Métropole Habitat ;
  • Gaëlle Mourier-Bouchon, Nantes Université ;
  • Frédéric Vasse et Stéphanie Arnaud, Pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire ;
  • Charles Esmaujaud, Virage Energie Climat.

Crédits photos : Garance Wester pour Nantes Métropole