Imaginaire de longévité : ouvrir de nouveaux possibles ?

user.username Nantes Métropole, le 27 février 2019

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“Si vous êtes retraité, vous êtes vieux. Et en tant que vieux, vous êtes soit malade, soit bientôt malade”, regrette Bernard Ennuyer, docteur en sociologie, spécialiste du vieillissement. Cette image paraît aussi anachronique qu’absurde, et pourtant elle est toujours très forte dans l’inconscient collectif. Comment construire un nouveau récit collectif du vieillissement qui renouvelle les représentations et soutienne d’autres formes d’actions et de relations ?

« Etre âgé » : une représentation positive ?

Selon une étude récente du CREDOC, pour plus d’un français sur trois, “être âgé”, c’est la perte de tout ou partie de ses capacités (35 % des répondants l’évoquent dont 10 % en première réponse) ; c’est-à-dire, les pertes de mémoire, de vue, la surdité, la moindre vitalité, l’isolement. “Être âgé”, c’est aussi dans l’imaginaire collectif des français, la dépendance (pour 25 % des français dont 11 % en première réponse) ainsi que les problèmes de santé, maladies, souffrance ou douleurs (25 %). Ainsi, à la question que signifie pour vous personnellement l’expression “être âgé aujourd’hui ?”, seuls 17 % des français répondant emploient des mots positifs.

Aussi, la représentation du vieillissement évolue peu et n’est que rarement partagée avec ceux et celles qui la vivent. Il y a alors une expérience peu racontée, car peu audible et qui reste inquiétante. Ce peu d’expression, d’une part à cause du mutisme de ceux et celles qui la vivent et d’autre part, depuis le discours de tiers qui préemptent le sujet devient un problème démocratique.

L’âge, une construction culturelle et sociale

Le vieillissement est souvent abordé comme un danger pour la société avec une sorte d’injonction implicite à l’adresse des personnes âgées de se faire discrètes et en bonne santé. On ne compte plus les publicités qui font du refus du vieillissement leur fonds de commerce, d’une compagnie d’assurances et sa campagne intitulée “Un coup de vieux ?”, à une marque de vêtement et son slogan “Vieux, lui ? Jamais !” renvoyant à un jeunisme permanent véhiculant un message bien souvent caricatural.

Ce pourrait être le cas d’une publicité pour une marque de boisson pétillante “Vivez sans limite” dont le rôle principal est tenu par un octogénaire qui nous emmène dans la virée de sa jeunesse retrouvée… Ce déni, ce refus, cette angoisse du vieillissement n’est pourtant pas la norme dans toutes les sociétés contemporaines. On pense notamment aux sociétés traditionnelles où l’ancien est considéré comme une source de savoir.

Pour autant, si l’implication des seniors dans la société ne fait aucun doute, et malgré le rôle essentiel qu’ils jouent pour faire tenir notre société, ils n’ont que peu d’instances représentatives : le CFR (Conseil Français des Retraités), qui ne représente que 10 % des retraités (soit 1,5 millions), est la principale. Les revendications portent exclusivement sur les systèmes de retraite et de santé, sans s’interroger sur la place des retraités dans la société.

Des représentations en « héritage »

Dans les années 50, les vieux, appelés vieillards, sont traités sous l’aspect de la misère. Les associations caritatives se mobilisent pour leur venir en aide avant que ne soit instauré le minimum vieillesse.

Dans les années 70, s’opère un changement de regard. Il n’est plus question de vieillards mais de personnes âgées puis de retraités. On passe d’une logique assistancielle à une bascule sociétale de lutte contre l’exclusion des personnes âgées et de participation des retraités à la vie sociale.