Conseil de la nuit : La nuit à l’épreuve de la Covid

le 15 janvier 2021

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Consacré à « la nuit à l’épreuve de la Covid », le premier conseil de la Nuit du nouveau mandat municipal s’est tenu en visioconférence mardi 12 janvier, de 19h à 21h, en présence de 75 personnes.

« La crise sanitaire a plongé la nuit dans un jour sans fin », déplore Gildas Salaün, adjoint au maire en charge des commerces, de la ville la nuit et du centre-ville, en ouverture du premier conseil de la nuit du nouveau mandat municipal. Objectif de cette plénière ? « Anticiper la réouverture certaine d’une ville nocturne, tout en réaffirmant que c’est un espace de partage où se côtoient fête, travail et solidarité ». 

Le monde de la fête stigmatisé

Invitée à lancer le débat, l’anthropologue et professeure des universités à la Sorbonne Emmanuelle Lallemand, s’est exprimée sur le phénomène festif.

« En stigmatisant la fête comme on le fait actuellement, on met à mal la modalité du faire société. La fête est constitutive de la vie sociale urbaine. La crise de la Covid qui n’est à nulle autre pareille a produit un arrêt brutal de cette ritualisation festive car on a considéré que c’était dangereux. Faire la fête est devenu transgressif. On accole au fêtard le qualificatif d’égoïste et d’irresponsable. Il y a un usage politique qui est presque plus important que l’usage sanitaire sur l’usage festif ».

Elle estime également que « le phénomène festif va être durablement impacté, même si la fête en tant que valeur culturelle est en train de se réinventer ». Un sentiment de stigmatisation largement partagé par les nombreux acteurs du monde de la nuit présents au débat.

« La nuit est toujours la première à trinquer, se désole Chloé Lebail, directrice exécutive du Collectif Culture Bar-bars. Cette crise a pourtant démontré que la population avait besoin d’espace pour se retrouver, on l’a vu avec les fêtes clandestines sur l’ensemble du territoire. D’un point de vue économique, ça va être compliqué pour l’ensemble des acteurs qui sont sous perfusion des aides de l’état et des collectivités territoriales ».

A l’instar des clubs et des discothèques, fermés depuis mars 2020. « On évoque une date de reprise seulement en juin ou en septembre, soulève Jérôme Guilbert, membre du groupement national des indépendants Grand Ouest (GNI). La sortie de crise va être très délicate pour certains établissements comme le Warehouse qui est confronté à des charges fixes. Ces entreprises nécessitent un fond d’investissement permanent ». «  La fermeture des bars isole encore plus les gens à la rue qui s’ennuient beaucoup et crée une vraie fracture sociale », alerte de son côté Maxime Hurault du Carillon.

Anticiper la réouverture 

« Durant toute l’année 2020, l’écosystème des acteurs, loin de se laisser gagner par un repli, a adapté son action », s’est tout de même félicité l’adjoint au maire, citant, entre autres, le partenariat entre le Macadam et le Ferrailleur pour transformer leur lieu de diffusion en lieu de création ou le lancement des premiers états généraux du droit à la Fête par le Collectif Culture Bar-bars en remplacement de son festival. Du 23 au 29 novembre, 51 débats ont ainsi été animés par 250 intervenants issus de plus de 102 structures durement impactées par les décisions du gouvernement liées à la crise sanitaire. Le résultat ? La création d’un livre blanc.

Déposé très prochainement à l’Assemblée nationale et aux maires, il s’articule autour de deux mesures phares : l’installation d’un conseil national de la vie nocturne et la mise en place, dès le mois de janvier, de cellules d’appui Covid sur les territoires.

Directeur adjoint de ce collectif, David Milbeo a listé une douzaine de préconisations en termes de politiques publiques, comme « exonérer les entreprises culturelles de la CoFsaFon Foncière des Entreprises (CFE) pour 2021, 2022 et 2023 », « autoriser le développement des terrasses des lieux, ainsi que la piétonnisation de certaines rues » ou « créer des zones d’urgence temporaires de la fête sécurisées ».

Autant de mesures saluées par Nicolas Bernardeau, directeur du site BigCityLife, qui a souligné « l’urgence d’anticiper cette sortie de crise en mettant en place des spectacles et concerts tests pour mesurer la viralité ».

Pour une sortie de crise réussie, Dominique Béhar, du réseau éco-événement, a invité la ville et les acteurs du monde de la nuit à « entrer dans la transition écologique » tandis que Fabien Hamel, président de l’association les rues de Graslin, a attiré l’attention sur « les fêtards excessifs qui perturbent les riverains », rappelant que ces derniers ont également envie « d’une vie culturelle et d’une fête responsables ».

Feuille de route

« Pour anticiper la sortie de crise et créer les conditions de se retrouver, le meilleur moyen est la concertation et le respect mutuel », a considéré l’adjoint au maire Gildas Salaün, qui, en fin de débat, a détaillé sa feuille de route pour l’année à venir :

« Il y a l’aspect de sécurisation du parcours lumineux entre le Hangar à Bananes et le parc des Chantiers jusqu’au centre-ville à Bouffay, rendre plus opérant les postes de secours et les stations nocturnes sur certains secteurs du centre ville, étendre et renforcer le réseau des cafés citoyens, continuer la mise en œuvre des actions identifiées dans le cadre de l’atelier « vulnérabilités liées à la nuit » et renforcer la prévention contre  l’alcoolisation et la réduction des risques ».

C’est aussi « créer un environnement favorable à la vie nocturne », comme le rappelle l’adjoint au maire Pascal Bolo, qui a fait part de sa volonté d’accompagner le développement d’une application permettant d’identifier les lieux ressources, d’organiser les déplacements de groupes et de signaler les difficultés.

Le prochain conseil de la nuit se tiendra le 7 juin, de 18h30 à 20h30.