Agir pour le collectif : quand l’engagement crée du lien
C’est sur ce thème, dans le droit fil des travaux qu’il mène sur la citoyenneté métropolitaine, que le Conseil de développement organisait sa conférence le 27 janvier dernier. Compte-rendu.
S’il est un constat à retenir de ce temps d’échange entre la politologue Anne Muxel, le fondateur de la plateforme HelloAsso Charlie Tronche, et des bénévoles engagés, c’est que l’engagement se porte bien. « Avec deux-tiers des Français se déclarant engagés dans leur vie, il n’y a pas de désaffection de l’engagement contrairement aux idées reçues même si celui-ci peut varier en intensité. A l’inverse de ce que l’on prétend, les jeunes s’engagent davantage que leurs aînés. La France n’est ni apathique, ni individualiste et repliée sur son intérêt privé », livre en synthèse Anne Muxel, co-autrice de “Les Français sur le fil de l’engagement” (1). A partir d’une enquête menée auprès de 3000 Françaises et Français, l’ouvrage dresse un panorama de l’engagement aujourd’hui, marqué à la fois par une grande vitalité et une évolution de ses formes.
L’engagement : un mouvement de soi vers le collectif
Mais revenons tout d’abord à la notion même d’engagement dont la politologue donne cette définition : « L’engagement résulte de la possibilité de se projeter au-delà de sa seule sphère d’intérêt. Il a pour ressort certes, des préoccupations et des inquiétudes, mais aussi des désirs, enthousiasmes et passions qui font sortir l’individu de son univers de référence et de sa routine pour prolonger ceux-ci dans un espace plus large vers les autres, un espace collectif. »
Les évolutions de l’engagement
Historiquement, l’engagement s’inscrivait dans des cadres structurés – partis politiques, syndicats, Église – portés par des idéologies fortes et des temporalités longues. Aujourd’hui, il s’est individualisé. Les causes se multiplient : lutte contre les discriminations, défense de l’environnement, solidarité de proximité. Les engagements sont plus spontanés, réactifs, parfois éphémères, mais aussi plus accessibles. Anne Muxel reprend le concept d’"engagement post-it" proposé par le sociologue Jacques Ion pour penser ce déplacement de l’engagement. « La palette des engagements possibles s’est incroyablement ouverte et élargie et c’est dans cette diversité que l’on va puiser la richesse et la vitalité des engagements aujourd’hui. Marqués par une forte réversibilité, ces derniers demeurent néanmoins fragiles. »
Quel effet des crises sur l’engagement ?
Les crises jouent un rôle d’accélérateur. Le Covid a vu naître une multitude de réseaux d’entraide, tout comme les Gilets jaunes ont mobilisé des citoyens jusque-là éloignés des formes traditionnelles de participation. Pour beaucoup, l’engagement devient une réponse directe aux manques de l’action publique et à la crise de la démocratie représentative, au profit d’une démocratie plus participative, fondée sur l’expérience concrète.
Histoires individuelles et dynamiques collectives
Les parcours individuels illustrent cette dynamique. Yasmina Cappato, déléguée du Défenseur des droits et vice-présidente de l’association Vrac, raconte comment l’engagement l’a “sauvée” après un parcours de vie marqué par la précarité et les violences conjugales. « Le bénévolat, c’est une histoire d’amour : on donne et on reçoit énormément. » De son côté, Guillaume Dubruel, qui se décrit comme un ancien Parisien auto-centré sur son parcours de vie, a trouvé dans une coopérative d’habitants puis dans les Gilets jaunes une manière de renouer avec le bien commun. Son quotidien est devenu une forme d’engagement total, entre RSA qu’il nomme “bénévolat rémunéré” et activités solidaires.
Pour Charlie Tronche, de la plateforme HelloAsso, l’enjeu est aussi narratif : « On sous-estime la puissance de ces récits, qui contredisent le discours dominant d’une société en déclin repliée sur elle-même. » Il alerte également contre les hiérarchies implicites : « Un engagement ponctuel vaut autant qu’un investissement de longue durée car il peut être une première porte d’entrée. »
Quel rôle pour les institutions ?
Reste la question du rôle des institutions. « Il y a une demande de plus forte de démocratie participative parce qu’il y a – et c’est un des moteurs de l’engagement – une demande d’efficacité de l’action politique et publique dans une temporalité qui s’est raccourcie », analyse Anne Muxel.
Dans l’audience, Isabelle Bay témoigne : elle a participé aux comités citoyens de sa commune, lors des élections municipales de 2020, ce qui lui a permis de participer directement aux décisions locales. « Je ne voulais pas seulement être consultée mais coconstruire les projets municipaux. Participer de l’intérieur à la mise en place d’une politique qui œuvre au quotidien dans la ville où j’habite, c’est cela le moteur de mon engagement. » Cette expérience lui a redonné confiance et a même facilité son retour à l’emploi.
Entre recherche d’impact, quête de sens et besoin de reconnaissance, l’engagement contemporain se transforme. Moins idéologique, plus émotionnel, il n’en demeure pas moins un puissant révélateur d’une société résiliente. Comme le résume la politologue, « derrière le pessimisme ambiant et un récit dominant racontant une société clivée et anomique, il existe une multitude de projets et d’initiatives qui, chaque jour, tissent le lien social. »
➡️ Retrouvez le replay intégral de la conférence
➡️ Pour en savoir plus sur l’auto-saisine du Conseil de développement de Nantes : “En quête de citoyenneté(s) : imaginez l’engagement de demain sur notre métropole”
(1) “Les Français sur le fil de l’engagement”, Anne Muxel et Adélaïde Zulfikarpasic, Fondation Jean Jaurès, Editions de l’Aube, 2022.
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